Basquiat : c’est quoi ces gribouillages ?

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019, la Fondation Louis Vuitton expose 120 œuvres de Jean-Michel Basquiat, réalisées entre 1980 et 1988.

Nous pénétrons dans la première salle de l’exposition, lumineuse. Les toiles, aux dimensions murales, sont des explosions de couleurs chamarrées, contrastées par des traits et des aplats noirs très denses. Une énergie incroyable !

Je cherche du regard un repère spatial dans cette immensité colorée, lorsque j’entends la voix de ma fille, interloquée :

C’est quoi ces gribouillages ?

Clémentine, 4 ans

Je m’interroge alors et prends le temps de comparer sur les toiles ce qui ressemble à des dessins d’enfant, la voix de l’innocence et des interrogations ? En contradiction peut-être avec des traits plus durs, ceux d’un adulte parfois en colère ; la voix des revendications ? C’est justement ce qui m’interpelle dans l’œuvre de Basquiat, ce qui ressemble à un dialogue, parfois dans la violence, entre plusieurs voix sur la toile, les murs, les portes, les palettes… Des voix de révolte crient, pleurent, s’affrontent.

Le couronnement du roi

Représentée par une couronne, la signature de l’artiste s’affiche à la fois comme une provocation, une affirmation, un questionnement, un amusement ? Basquiat se fait-il roi, le porte-parole des opprimés et tout à la fois le roi des oppresseurs ?

Untitled – 1981 © Jean-Michel Basquiat

Art naïf et engagé ?

Même si certains dessins semblent enfantins, le propos lui en revanche ne l’est jamais. Loin d’être naïf, il exprime au contraire les interrogations que ne se permettent pas les adultes. L’enfant lui, s’interroge à haute voix.

L’exploration des techniques

Des graffitis sur les murs de Brooklyn jusqu’aux œuvres exposées dans les musées new-yorkais, Basquiat a exploré une grande diversité de supports et de techniques comme l’acrylique, la peinture aérosol, le crayon gras… Comme à la croisée de plusieurs courants artistiques, dans une mouvance « underground » qui l’a placé au plus près de la rue, des gens, dans leurs différences, leur mixité ethnique et culturelle, leur richesse aussi. Basquiat s’est le témoin du peuple afro-américain dans une Amérique aussi complexe et impitoyable que créative et édifiante. Son œuvre est pour moi un électrochoc qui remue en profondeur. En fait, une source d’énergie(s) pour se régénérer avec force et vigueur.

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